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L'exquise Nouvelle

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dimanche 26 juin 2011

San-Antonio entre en scène


San-Antonio entre en scène, monologue écrit par Frédéric DARD, va être joué  du 8 au 31 juillet au théâtre du « monte-charge », un nom prédestiné, me direz-vous pour jouer une pièce de Frédéric, lors du festival d’Avignon.
Personnellement, je n’ai pas encore eu la chance de voir cette pièce, j’espère pouvoir m’en régaler un de ces jours.
Mais rencontre avec le metteur en scène et producteur, Frédéric MARTIN.

Bonjour Frédéric, bienvenue sur le blog de l’association des amis de San-Antonio. Mettre en scène un monologue ne doit pas être chose facile, surtout d’un écrivain de la trempe à Frédéric DARD, car Frédéric est sûrement l’un des auteurs qui à un langage plus imagé, où la tendresse et la poésie se mêlent à l’humour grivois et au cynisme de temps à autre :
Il est vrai qu’à première vue cela peut sembler difficile, car indépendamment de ce qui est dit, beaucoup des jeux de mots et des gags sont des astuces orthographiques, donc faites pour être lues, et non entendues. Toutefois, comme nous le savons tous, l’auteur était très intelligent, et il a écrit ce texte pour le théâtre ! Il savait donc qu’il ne fallait pas y mettre trop de ces digressions littéraires, et il s’est concentré sur le message, en privilégiant l’aspect narratif, voire même philosophique ! Et derrière la grivoiserie, la tendresse et le cynisme dont vous parlez, qui sont bien réels, il y a des points de vue sur la vie, l’amour, les femmes, les hommes, le travail, qui sont tout sauf fantaisistes, et qui parlent à tous. Comme il le disait lui-même : « Mes lecteurs vont du militaire au professeur de Faculté ». Lorsqu’avec un langage très cru, il dépeint une scène d’un film porno, en en faisant ressortir toute la vulgarité et la bêtise, et qu’ensuite il le compare avec le superbe érotisme de Stendhal, tout le monde comprend et adhère à ce message.


Lorsque j’ai entendu parler de cette pièce la première fois, par un ami Suisse qui est venu voir le spectacle à l’Oxymore, j’ai visionné quelques extraits sur Dailymotion, et la première chose qui m’a surpris, c’est l’acteur. Rien n’est fait pour qu’il ressemble à Frédéric DARD, pourtant c’est un monologue de San-Antonio, donc on pourrait dire, le « double » de Frédéric :
Ce qui fait qu’il est encore si populaire, c’est qu’il ne se regarde pas écrire, mais qu’il parle aux gens, comme à des amis. La preuve est qu’il tutoie son lecteur ou sa lectrice. Et si San-Antonio était son double, ça n’était pas lui. Choisir un comédien et le maquiller pour qu’il ressemble à Dard me paraît déjà ridicule, mais en plus c’est bel et bien San-Antonio et non Frédéric Dard qui parle. Et ce double, cette inspiration venue d’ailleurs peut avoir n’importe quelle apparence, n’importe quel âge, pour représenter cet autre, ce masque dont l’auteur s’était affublé. San-Antonio n’est pas réel, alors que Dard l’est.
Cette aventure n’aurait pu voir le jour sans la rencontre première avec LE comédien qui, à mes yeux, a les capacités d’interpréter magistralement San-Antonio… en la personne de Philippe THONNEY. 


Est-ce que pour monter San-Antonio entre en scène, l’on se doit d’être un aficionado de l’œuvre de Frédéric DARD ?
Oui, c’est indispensable. D’abord pour des raisons purement techniques, pour être à l’aise avec l’argot, par exemple. Mais surtout parce que ces messages sont si singuliers, si profonds et drôles, qu’il faut avoir autant de plaisir à dire ces mots qu’à les lire. Mais ça, c’est la base du travail de l’acteur. Pour bien jouer un rôle quel qu’il soit, il faut toujours chercher à défendre ce rôle, à comprendre le personnage, à l’aimer. Avec Dard c’est facile, parfois c’est plus compliqué.

Après San-Antonio entre en scène, cela ne vous démange pas le cortex d’essayer, soit au théâtre, en téléfilm, voire au cinéma, de réaliser un San-Antonio ? Il est vrai que l’exercice à l’air de se révéler périlleux, surtout lorsque l’on voit le dernier essai qui a eu lieu, mais cela ne vous intéresse pas ?
Si toutes les tentatives cinématographiques ont été des ratages complets, c’est que ces personnages sont si outranciers, si particuliers, que chacun se fait son idée de l’apparence du Commissaire ou de Béru. Et c’est ça la magie de la littérature en général. Il est tout aussi impossible de proposer une vision des polars qui convienne à tous qu’à les traduire dans une autre langue. Bien retranscrire sur l’écran la folie, l’inventivité et la grande modernité des romans policiers est impossible. Raconter la vie de Frédéric Dard dans un film n’aurait pas grand intérêt. Par contre, si on représente ce « double », ce personnage pas très défini derrière lequel se cachait Frédéric Dard, tout est possible.

Lorsque l’on demandait à Frédéric Dard qui était San-Antonio, il répondait : « C'est un mousquetaire moderne qui s'exprime comme un camelot. Un redresseur de tort qui redresse à coups de poing. Un sentimental qui baise à corps et à cris. Un sage qui invective. Un écrivain de la main gauche qui s'exprime en style de graffitis. Il t'enseigne la vie, t'apprend à te méfier des cons, à gifler les glandus, à faire minette aux gentilles. » Et pour vous, qui est San-Antonio ?
J’aime beaucoup l’expression, trouvée par Cocteau, d’écrivain de la main gauche. Elle veut tout dire. La main gauche c’est l’écriture qui ne se prend pas au sérieux, et l’écrivain, c’est celui qui délivre le message. San-Antonio est proche des gens, il a réussi par l’humour et le plaisir à les faire réfléchir, il leur a proposé des réflexions sur des sujets très profonds. C’est ce mélange merveilleux qu’aucun autre écrivain n’a réussi, qui fait qu’il est indémodable. Comme il le disait dans une interview télévisée : « A l’intérieur de mes polars, je peux faire passer tout ce que je veux : mes fantasmes, mes angoisses, mes colères, tout ce qui me taquine l’âme ». Et comme on le sait, rien n’est plus efficace que l’humour quand on veut faire passer un message !
Et comme que comme « c’est avec les gens intelligents qu’on déconne le mieux », faites un saut de puce au Théâtre du Monte Charge… nous vous accueillerons à bras ouverts. Vous trouverez toutes les informations sur notre site : http://www.artsandco.ch/.

Eh bien Frédéric, je vous remercie de bien avoir voulu répondre à mes quelques petites questions pour le blog, je vous souhaite un excellent festival d’Avignon, et faire salle comble tous les soirs !!

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